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Anne Beaugé a découvert sa passion pour la voile sur le tard mais aujourd’hui, elle est à fond ! Entre la photographie et la mer, la jeune femme ne semble jamais s’arrêter.

Crédit photo : Jean-Louis Carli

Anne Beaugé a grandi en région parisienne. Adulte, elle travaille à Paris puis New York pour effectuer un métier de graphiste. Dans la célèbre ville surnommée la Grosse pomme, elle retouchait les photos de stars telles que Madonna ou Rihanna ! Et puis, un peu avant la trentaine, Anne a eu un déclic quand elle a écouté le récit de deux amis qui venaient de passer deux jours en mer. « Ils m’ont dit que c’était la chose la plus dépaysante qu’ils avaient fait de leurs vies, ça m’a fait tilt ! », raconte Anne Beaugé.

Elle trouve alors une place à bord dans une bourse d’équipiers en ligne pour un convoyage Bonifacio-Marseille et elle emmène son grigri favori : son appareil photo. C’est alors que la jeune femme prend le goût du large derrière son objectif. « J’ai commencé à embarquer partout où je pouvais tout en prenant des photos à bord. » Anne Beaugé est devenue photographe de voile. « J’ai navigué sur plein de bateaux, aussi bien des superbes bateaux en bois de tradition que sur des bateaux de course. »

Photographe et skipper

Lors de ses pérégrinations photographiques, elle se retrouve par hasard au pôle mini de La Rochelle. « Je me rappelle, on était au mois de novembre, on était sur le ponton, il faisait froid et les Ministes m’ont dit qu’ils allaient traverser l’Atlantique avec leur bateau de 6,50 mètres ! Je les prenais pour des fous ! » Puis, Anne Beaugé est devenue amie avec certains d’entre eux. « Ils me disaient tout le temps que je devais me lancer dans l’aventure de la Mini, que c’était un projet pour moi… Et à force, l’idée est rentrée dans ma tête ! »

Et comme Anne Beaugé ne fait rien dans la demi-mesure, elle s’est installée à Lorient, a loué un bateau et s’est entraînée pendant un an et demi avant la Mini-transat. « Je ne pensais qu’à ça, je ne vivais que pour ça. Je me sentais très vivante, c’était très intense. »

Elle prend alors le départ de la Mini-transat en septembre 2019. Pendant la course, à 1 000 milles de l’arrivée, un barreau de la barre de flèche de son mât a cédé. « J’ai dû tout terminer sous foc, au ralenti, se souvient-elle. Quand je suis partie de La Rochelle, on m’a dit « Prends du plaisir, profite ! » mais aussi « Courage, tiens bon », j’ai compris les deux côtés pendant la course ! »

Préparation du Globe 40

Depuis cette expérience intense, Anne Beaugé vit toujours à Lorient, « une ville assez cosmopolite, très dynamique dans le domaine de la course au large » et elle prépare le Globe 40, une course en Class 40 autour du monde en double en huit escales.

« On part le 27 juin 2021 ! Après la  Mini-transat, un coureur japonais qui participait à la même Mini que moi, Masa Suzuki, m’a proposé de faire avec lui à cette course autour du monde.. Notre projet s’appelle « Milaï », cela veut dire « futur » en japonais. »

Pour Anne Beaugé, « c’est une richesse de plus de faire équipe avec des Japonais, de découvrir de leur culture. Et puis, c’est un plus gros bateau avec des systèmes plus complexes, une course ambitieuse… Encore plein de choses à découvrir ! ».

Une place en équipage plus difficile pour les femmes

Sur la question de la place des femmes dans la voile, Anne Beaugé n’a jamais ressenti de machisme de la part des Ministes. Mais elle reconnaît que c’est assez difficile de trouver une place en équipage, « c’est d’ailleurs pour cela que le ratio des femmes est plus important dans les courses en solitaire », déplore-t-elle.

Anne Beaugé constate aussi que si la Mini-transat attire de plus en plus de femmes, mais que c’est plus compliqué en Class 40 ou en Figaro. « Il y a encore cette idée que les femmes sont trop faibles, pas assez musclées pour les gros bateaux, ce qui est vrai, mais pas du tout rédhibitoire. »

« Les femmes peuvent faire pipi debout, il n’y a plus de différence !»

Mais alors comment faire bouger les choses ? Faut-il faire des quotas comme dans la politique ? « Je n’aime pas trop la discrimination positive mais si c’est temporaire, le temps que cela fasse bouger les consciences, pourquoi pas. Que l’on se rende compte que les femmes naviguent bien. D’autant plus qu’aujourd’hui, il n’y a même plus de différences entre les femmes et les hommes à bord. Désormais, on peut faire pipi debout aussi avec un système de « pisse-debout » très pratique ! », sourit-elle.

Élever et éduquer les enfants « de manière pas trop genré » pourrait aider aussi à faire avancer la problématique. « Montrer que les filles sont capables de faire des choses physiques, et que le plus important est de faire ce qu’elles aiment tout simplement. »

Partager ses expériences pour montrer que c’est possible

Pour Anne Beaugé, il est important également d’ouvrir les esprits en montrant que faire de la course au large quand on est une femme, c’est possible. « Les femmes se mettent elles-mêmes des barrières dans leurs têtes par rapport à leur carrière, leur métier, leurs enfants si elles en ont… ».

La skipper prend l’exemple de Clarisse Crémer, qui a pris le départ du Vendée globe 2020. « Sa bonne communication, sa bonne humeur mais aussi le fait qu’elle ait montré ses faiblesses, ses pleurs… ont fait beaucoup. Le fait qu’elle se montre vraiment, qu’elle partage ainsi ses expériences de solitaires peut montrer que c’est possible. »

À Hélène Clouet, qui va prendre le départ de la Mini-transat en septembre 2021, Anne lui conseille de « naviguer, naviguer, naviguer… ». « Toutes les expériences sont bonnes pour se faire moins peur et prendre le plus de plaisir après. »

Anne Beaugé lui conseille aussi de « profiter à fond » car « deux ans, ça passe très très vite ». « C’est chouette, bravo, qu’elle y aille à fond ! »

Manon LOUBET, pour l’association FAMABOR

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